vendredi 9 janvier 2015

Pourquoi il faut s'abonner à Charlie Hebdo

La meilleure manière de refuser le musellement et de défendre la liberté d’expression consiste à s’abonner à Charlie Hebdo.

Pourquoi?

Parce qu’il y’a deux manières de tuer la liberté d’expression : faire taire les journalistes par la peur (la tuerie de Charlie Hebdo en est l’incarnation absolue) et les affamer.

Comme l’a si bien dit Jean-François Nadeau, artisan du Devoir et ami personnel du défunt Charb, il faut des sous pour faire de l’information de qualité, un des piliers de la démocratie. Les reportages d’Enquête sur la corruption dans l’attribution des contrats publics, entre autres, en ont fait l’éloquente démonstration.

S’abonner à Charlie Hebdo nous permet d’envoyer un signal beaucoup plus puissant et durable que de simplement changer pendant quelques jours sa photo Facebook. S’abonner est une manière concrète de soutenir le droit de dire, même si l’on n’est pas d’accord avec ce qui est dit. Une manière de nier la victoire aux intégristes. Un symbole formidablement puissant du sentiment qui nous anime : non, nous ne céderons pas!

Pour s'abonner : http://goo.gl/PMyK5j

Safety in numbers


mercredi 7 janvier 2015

Charlie Hebdo : le courage de la liberté

La tuerie intégriste au Charlie Hebdo est un très dur coup porté à la liberté d’expression.

Déjà, on le sentait bien, s’attaquer à Mahomet demandait du courage. Les intellectuels qui défendent la liberté d’expression, les auteurs de l’information qui écrivent sur le sujet et les autres qui dictent la ligne éditoriale, les citoyens engagés actifs sur Facebook et Twitter… Tous connaissaient sans doute déjà très bien ce sentiment diffus, ce malaise, ce picotement dans la nuque au moment d’appuyer sur la touche ENTER. La peur que la folie intégriste se déchaîne contre soi, contre sa famille, contre ses collègues.

Les artisans de Charlie Hebdo, eux, affrontaient chaque jour une menace bien réelle. Pour leur courage, ils méritent toute notre admiration et notre reconnaissance.

Pour ceux qui restent, désormais, la peur sera plus grande encore. Alors, comment réagir?

On a bien vu le pouvoir de la peur avec la récente décision de Sony de suspendre la diffusion du film The Interview en réponse aux menaces des « Gardiens de la paix » contre les cinéphiles. Dans la foulée, les studios New Regency ont annoncé l’abandon du projet de film basé sur la bande dessinée de Guy Delisle, Pyongyang.

Heureusement, le président Obama a rapidement critiqué la décision de Sony, faisant ainsi pression sur elle pour l’amener à réviser sa décision tout en partageant avec elle la responsabilité en cas d’attentat éventuel. Un acte de courage essentiel qui arrivait à point nommé.

Que serait aujourd’hui l’état des lieux si Sony n’avait pas finalement décidé de diffuser le film? Si Sony avait cédé à la menace? On aurait donné raison à tous les groupes qui tentent de faire taire par la violence les voix qui les dérangent. On les aurait vus s’enhardir des succès antérieurs et chercher à museler leurs opposants. Une spirale infernale qui aurait emporté une part toujours plus importante de notre espace de liberté.

Pour combattre l’insidieuse censure ambiante autant que les attaques directes menées contre la liberté d’expression, Charlie Hebdo avait décidé avec un courage exceptionnel de réaffirmer le droit de dire les choses en mordant vigoureusement les icônes, toutes les icônes, qu’il s’agisse de dieux, de prophètes ou d’hommes et de femmes de pouvoir. Ses artisans ont ainsi contribué à préserver notre espace de liberté.

C’est à tort ou à raison qu’on blasphémera Mahomet, Jésus-Christ ou Dieu le père, mais réaffirmer son droit de le faire est aujourd’hui encore plus nécessaire que jamais. C’est une obligation morale.

Même si ça nous fait peur. Parce que ça nous fait peur, justement.

lundi 8 décembre 2014

PKP et la couverture média : les forces sont là

Les journalistes de l’empire qui critiqueraient durement PKP contribueraient à son échec dans la course au PQ, donc à son retour à la direction active de Quebecor. Ils accroîtraient ainsi leurs chances de subir les contrecoups de leur insoumission.

Voilà pourquoi ils sont incités à faire une couverture favorable de PKP, sans que ce dernier n’ait à lever le petit doigt.

Ces forces systémiques influencent-elles les journalistes ? PKP userait-il de représailles contre les délinquants? Ça reste à voir. Mais les forces sont là, c’est indéniable.

mercredi 3 décembre 2014

Pourquoi pas PKP

Avec l’annonce officielle de sa candidature par Pierre-Karl Péladeau, plusieurs, au Parti québécois comme ailleurs, sont prêts à siffler la fin de la course à la direction du parti et à enterrer les espoirs de ceux et celles qui ont pris place sur la ligne de départ.

C’est une erreur, car d’ici le mois de mai ses partisans, comme les ténors péquistes qui s’enorgueillissent de sa venue au parti, auront le temps de se rendre à l’évidence : PKP chef du PQ, et éventuellement, premier ministre, représente un risque pour la santé démocratique du Québec et une erreur stratégique dont souffriront autant les péquistes que l’ensemble du mouvement souverainiste.

Conseils aux militants, donc : attendez donc un peu avant de vous commettre si vous voulez éviter de vous peinturer dans le coin.

Politique et contrôle de la presse, un non sens


Réglons tout de suite les difficultés posées par le contrôle qu’exerce PKP sur 35 % du marché télévisuel et 45 % du marché des imprimés des médias québécois (1).

On lit partout que cet état de fait pose tout un défi dans la perspective où PKP deviendrait premier ministre. Je dis que ce problème existe déjà.

Comment se sent ces jours-ci un journaliste à la solde d’un média de Québecor devant couvrir la course à la direction du PQ dans laquelle son patron est activement engagé? Celui qui chérit sa stabilité d’emploi, qui aime faire la Une du journal ou les manchettes du bulletin télévisé, qui rêve, peut-être, de prendre du galon au sein de l’entreprise? Entre ses aspirations légitimes, son éthique journalistique et la nécessité de briller dans l’œil du patron, le volume d’oxygène ne s’amenuise-t-il pas dangereusement?

La promesse du candidat de placer ses avoirs dans une fiducie sans droit de regard ne change rien au malaise dans lequel il plonge déjà ses employés. La carrière politique de PKP pourrait bien se terminer plus tôt que prévu, auquel cas un retour aux affaires du propriétaire est certainement une hypothèse valable. La direction, dans l’intérim, pourrait bien juger, à tort ou à raison, qu’il est préférable pour eux de se tenir à carreau.

Si Québecor avait la réputation d’avoir érigé une muraille de Chine entre ses intérêts économiques et l’indépendance de ses journalistes, d’aucuns pourraient y trouver un certain réconfort. Mais le reportage d’Enquête du 3 novembre 2011 sème le doute. (2)

Que PKP lui-même et les militants du PQ reconnaissent enfin une évidence : pas plus ici qu’en Italie sous Berlusconi la perspective qu’un homme exerçant une aussi grande influence sur le 4e pouvoir (la presse) contrôle le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif en plus, à sa face même, ne fait de sens. Point barre.

Erreur stratégique


PKP est certainement un homme d’exception et l’entreprise qu’il dirige est un fleuron de l’économie québécoise. Il peut en être fier et nous aussi (il y a un peu de nos économies là-dedans).

L’engagement de PKP envers la souveraineté du Québec est une excellente nouvelle susceptible d’amener d’autres hommes et femmes d’affaires, comme bien des citoyens, à reconsidérer favorablement ce projet politique.

Mais en s’engageant au PQ, PKP a brisé d’avance la formidable vague qu’il aurait pu contribuer à créer lors d’un éventuel référendum. J’imagine très bien l’impact qu’aurait eu l’image d’un chef du PQ entouré d’une coalition formée de PKP, d’un Jean-Martin Aussant de retour de Londres, de François Legault, de Françoise David et d’Amir Khadir, sur la même tribune, au lancement de la prochaine campagne référendaire.

Cette scène n’aura très probablement jamais lieu.

PKP est un homme polarisant. Sa victoire aurait sans doute pour effet de chasser les progressistes du PQ, de diviser le vote plutôt que de rassembler et d’émousser sa crédibilité personnelle au contact quotidien des médias. Au cours des prochains mois, le demi-dieu se transformera invariablement en homme comme les autres, avec ses forces, évidemment, mais surtout, toutes ses limites.

Au final, on risque fort de se retrouver dans 4 ans, au lendemain d’une seconde défaite électorale d’affilée, avec un parti en lambeau qui aura manqué une autre occasion de donner au Québec l’oxygène dont il a cruellement besoin.


dimanche 23 novembre 2014

Pourquoi Jean-François Lisée


Je cherchais pourquoi cet après-midi, le déclencheur. Il faut une bonne raison pour passer du statut, confortable, d’observateur à l’autre, plus exigeant, de militant engagé.

Le projet de restructuration du réseau de la santé, une aventure indéfendable décriée par à peu près tout le monde, sauf le bon docteur Barette, avait commencé à me chatouiller le gros nerf du bon sens élémentaire. Puis sont venues les coupes dans la santé publique et dans les budgets utilisés pour venir en aide aux plus démunis.

Mais le bouchon a sauté quand la ministre Charbonneau a avoué ne pas avoir évalué les conséquences sur les femmes et l’emploi de la hausse des frais de garde. Attends! On est où là? Dans un état moderne, vraiment?

Alors j’ai joint le groupe des 1000 pour Jean-François Lisée.

Ce matin, je l’ai rencontré lors d’un rassemblement dans Rosemont. J’ai pris ma carte de membre du PQ, j’ai signé son formulaire de candidature et j’ai fait un chèque pour contribuer à sa campagne.

Pourquoi Lisée?

Je connais Jean-François Lisée par ses écrits, depuis Dans l’œil de l’aigle, en 1990, ce qui ne nous rajeunit pas, ni lui ni moi. Je l’ai suivi par ses bouquins, par ses blogues, par ses interventions publiques.

Je le connais comme un honnête homme, un homme intègre. Comme un humaniste, un progressiste, qui se trouve toujours du bon côté des enjeux, celui du respect et de l’ouverture à l’autre.

Un homme de gauche quant aux objectifs : mieux partager la richesse, construire une classe moyenne forte, égaliser les chances… Un lucide quant aux moyens, inféodé à personne, pas dogmatique, attaché aux résultats.

Jean-François Lisée pour sa position face aux anglophones de Montréal, aussi. On se respecte, on reconnaît la contribution unique de chacun et on arrête de se conter des histoires : il faut préserver une masse critique de francophones sur l’île. Il est temps d’agir sur les bonnes choses.

Pour sa position au sujet du référendum. Une position volontaire, mais raisonnable, et claire. Un an avant les prochaines élections, le PQ prendra le pouls du Québec et s’engagera à tenir ou non ladite consultation. Fini la valse-hésitation, les électeurs sauront à quoi s’attendre.

Parce qu’il s’agit d’un authentique démocrate, qui respecte les citoyens et les institutions, qui rejette la mentalité de clan et tend la main pour faire progresser ses idées.

Pour son amour de Montréal, ma ville.

Parce que Jean-François Lisée est un gars de contenu, un gars de dossier. Capable de voir large et en profondeur à la fois. Pas besoin de voir sa famille à la Une des magazines à potins pour croire qu’il ferait un excellent premier ministre.

Parce qu’il faudra cesser de s’entre-déchirer si on veut tenir tête aux véritables adversaires.

Pour toutes ces bonnes raisons, mais aussi parce que je vois mal comment la démocratie serait bien servie par un candidat à la tête d’un empire médiatique en position dominante au Québec, aussi méritoire soit-il.

http://jflisee.org